Paris en Prose · Émile Zola · 1873

Le Ventre
de Paris

Un homme affamé au milieu d’une ville qui déborde de nourriture. Des Halles disparues aux rues qui en gardent la trace, suivez Florent dans le roman de Zola.

Découvrir les haltes 6 haltes, prélude compris · au cœur du 1er arrondissement

Marché des Halles et Saint-Eustache, après 1857 · Paris Musées / Musée Carnavalet, CC0

LE FIL DU RÉCIT

Un quartier, deux façons d’avoir faim.

Florent revient à Paris après avoir été déporté à la suite du coup d’État de 1851. Madame François le recueille sur sa voiture de légumes. Autour de lui, le marché s’éveille ; lui n’a presque rien mangé. Ce décalage porte tout le roman : l’abondance peut émerveiller, nourrir ou étouffer.

Le parcours suit des lieux nommés par Zola. Quand une rue ou un pavillon a disparu, nous le signalons : on retrouve alors un quartier et une histoire, sans prétendre montrer un bâtiment du roman encore debout.

L’ITINÉRAIRE

Six haltes dans les Halles

Chaque étape relie un passage du livre à un lieu que l’on peut repérer aujourd’hui. Ouvrez les notes de lecture à votre rythme.

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LE QUARTIER D’UN REGARD

Six haltes, un même ventre.

Les lieux sont proches, mais le regard de Florent change à chaque halte. Touchez une étape pour y accéder directement.

Dessin ancien de l’église Saint-Eustache et de la place alentour01 / PRÉLUDE

Pointe Saint-Eustache · 1er arrondissement

Au seuil du ventre

Florent arrive de nuit sur une charrette chargée de légumes. Madame François l’a trouvé épuisé au bord de la route. Le cadran de Saint-Eustache devient un premier point fixe dans un quartier qu’il peine à reconnaître.

Ce prélude réunit les deux mouvements du livre : les denrées affluent vers Paris, tandis que Florent cherche seulement une place où tenir debout. Le marché offre partout de quoi manger ; cette richesse n’est pas encore pour lui.

À regarder sur place

Repérez Saint-Eustache, puis imaginez la chaussée avant le jour : roues, chevaux, maraîchers et tombereaux avançaient vers les pavillons.

Auguste-Sébastien Bénard, Église Saint-Eustache, vers 1846 · Paris Musées / Musée Carnavalet, CC0. Vue antérieure au temps du récit.

Photographie ancienne des pavillons Baltard près de Saint-Eustache02 / LES PAVILLONS

Emplacement des anciennes Halles · autour de la Canopée

La mer des légumes

Avec le peintre Claude Lantier, Florent voit s’étendre le carreau des légumes entre la pointe Saint-Eustache et la rue des Halles. Claude admire formes et couleurs ; Florent, affamé, éprouve ce spectacle comme une épreuve.

« C’était une mer. » Émile Zola, chapitre I

Les pavillons de fonte et de verre de Victor Baltard donnent au marché une architecture nouvelle. Les photographies que nous montrons sont postérieures à l’action du roman : elles aident à imaginer le lieu, sans figer une scène précise de fiction.

À regarder sur place

Depuis l’esplanade, mesurez l’écart entre le marché de gros disparu et les espaces actuels du Forum et de la Canopée.

Marché des Halles et Saint-Eustache, après 1857 · Paris Musées / Musée Carnavalet, CC0.

Photographie ancienne de la fontaine des Innocents03 / LES INNOCENTS

Place Joachim-du-Bellay · fontaine des Innocents

Impossible de sortir du marché

Au premier chapitre, Florent tente d’échapper à la foule et aux odeurs. Il passe notamment par le square des Innocents, puis revient vers les Halles. La géographie tourne avec lui : chaque rue semble le ramener au même ventre.

La fontaine offre aujourd’hui un repère réel dans ce quartier profondément transformé. Elle n’est pas le théâtre d’une réunion politique dans le roman ; ici, elle aide à comprendre la fuite vaine de Florent au milieu des denrées.

À regarder sur place

Tournez autour de la fontaine, puis comparez les débouchés des rues. Le marché de Zola occupait aussi les voies alentour.

Charles Marville, Fontaine des Innocents, entre 1865 et 1868 · Paris Musées / Musée Carnavalet, CC0.

Vue ancienne depuis la rue Rambuteau vers la rue de la Réale04 / LA CHARCUTERIE

Rue Rambuteau · en face des anciennes Halles

Chez Lisa et Quenu

La charcuterie de Lisa et Quenu a quitté l’ancienne rue Pirouette pour la rue Rambuteau, face au marché. Florent y est accueilli par son frère, mais ce lieu de chaleur et de prospérité se referme peu à peu sur lui.

Lisa tient sa boutique avec une précision exemplaire. Dans les vitrines, les aliments deviennent composition et signe de réussite ; dans la maison, l’ordre commercial impose aussi sa façon de voir les personnes. Le roman oppose la sécurité des « Gras » à l’inquiétude des « Maigres », sans se limiter à l’apparence des corps.

À regarder sur place

La boutique du roman n’est pas localisée au numéro près. Regardez plutôt la rue commerçante et la proximité des anciens pavillons.

Charles Marville, vue de la rue de la Réale depuis la rue Rambuteau · Paris Musées / Musée Carnavalet, CC0. Image du quartier, non de la boutique fictive.

Carte postale ancienne montrant des marchandes de poissons aux Halles05 / LA MARÉE

Ancien secteur de la poissonnerie · Halles centrales

La criée et ses voix

Florent devient inspecteur à la poissonnerie. Zola suit le rythme des criées, les enchères, les gestes des marchandes et l’eau qui court sur les dalles. L’abondance a désormais un prix, une organisation et des conflits.

Florent doit faire respecter des règles dans un milieu où il reste étranger. Les poissonnières l’observent, le jugent et parfois le défient. Le marché n’est pas un tableau immobile : il vit par les personnes qui le font fonctionner.

À regarder sur place

Les bancs de la marée et les pavillons ont disparu. Sur la carte, revenez au périmètre des anciennes Halles et imaginez les allées spécialisées.

E. Le Deley, Marchandes de poissons aux Halles, carte postale de 1890–1920 · Paris Musées / Musée Carnavalet, CC0. Image postérieure au roman.

Dessin ancien de la rue Pirouette aujourd’hui disparue06 / LA RUE DISPARUE

Ancienne rue Pirouette · quartier du Forum des Halles

Le cabinet de Lebigre

À l’arrière du commerce de vin de Lebigre, un cabinet donne sur la rue Pirouette. Florent et ses compagnons y parlent politique. Les paroles circulent, les soupçons aussi ; la surveillance et les dénonciations finissent par l’emporter.

La rue Pirouette a disparu lors du réaménagement des Halles. Sa disparition rend plus frappant le dernier regard de Claude Lantier, qui voit le quartier retrouver sa bonne humeur après la condamnation de Florent.

« Quels gredins que les honnêtes gens ! » Claude Lantier, chapitre VI
À regarder sur place

Ne cherchez pas un café conservé : utilisez la vue d’archive pour imaginer la rue, puis regardez ce que le Forum a substitué à l’ancien îlot.

F. Séguin, Rue Pirouette, seconde moitié du XIXe siècle · Paris Musées / Musée Carnavalet, CC0.

APRÈS LA PROMENADE

Qu’est-ce qui nourrit une ville ?

En quittant les Halles, retenez deux images : la mer colorée des légumes et Florent qui ne peut s’y rassasier. Zola regarde la beauté du marché, mais demande aussi qui y travaille, qui y a sa place et qui est rejeté. La ville d’aujourd’hui garde cette question ouverte.

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SOURCES & REPÈRES

Pour aller plus loin

Texte du roman et notices historiques consultés pour vérifier les lieux et les images.

Images d’archives : Paris Musées / Musée Carnavalet — CC0. Les dates des images et celles du récit ne coïncident pas toujours ; les légendes les distinguent.